Vous voulez de l’argent, du pèse, du fric, de l’oseille, de la fraîche. Vous entendez déjà tinter les louis, les ducats, les sous, les pièces. Vous savourez, tout contre votre oreille, le doux froissement des billets craquants. Vous revoyez les illustrations de votre enfance, les monticules dorés dans la grotte d’Aladin, les merveilles du cabinet de Diane, Picsou nageant dans un océan de rondelles jaunes.
Et vous tapez, sur Google, le beau mot d’ « arg.. », tout en vous demandant s’il ne viendrait pas du grec « argos », « brillant », ce qui fait que vous vous interrompez dans votre frappe et saisissez votre dictionnaire étymologique, qui vous déçoit beaucoup en vous affirmant qu’ « argent » vient du latin « argentum », « métal brillant ». C’est d’un plat ! Ce vieux dico qui se prétend si savant, si intéressant - c’est écrit dans sa préface - ne vous dit pas qu’ « argentum » vient du grec « argos », « brillant » ? Il va finir sur a-bay !
Alors vous allez chercher votre vieux Bailly et découvrez qu’« argos », « brillant », qualifie dans l’Odyssée une oie bien dodue, « luisante », et, dans l’Iliade, un bœuf « fort et gras ». Voilà. Ça vous parle plus que la vaisselle en argent cachée au fond du buffet, et généralement muette.
Oui, de l’argent, vous en voulez ! du brillant, du gras, du luisant, et vite !
Vous finissez donc de taper sur Google le beau mot d’ « argent », les yeux déjà remplis de rêves, d’oies, de bœufs, de paysages grecs. Et voici ce qui apparaît alors en haut de votre écran :
« Comment faire de l’argent ? Facile ! Affichez des annonces pub Kookte sur votre site Internet. »
Vous avez un site internet où vous publiez des photos de vos chats, de vos poissons, de vos enfants, de vos voisins, mais vous vous méfiez. D’abord, vous n’aimez pas la pub, ensuite, vous vous méfiez de la facilité, enfin, vous vous demandez si c’est rémunérateur. Vous cliquez deci-delà, à la recherche d’une information sur le montant qui vous serait versé.
Vous trouvez enfin un paragraphe intitulé « À quelle rémunération puis-je m'attendre ? ».
Et vous lisez :
« La rémunération que vous percevrez dépendra de nombreux facteurs et notamment…»
Vous trouvez que ça débute très mal. Vous n’aimez pas ça. Mais vous lisez quand même la suite, maintenant que vous avez commencé : « et notamment du montant des enchères effectuées par les annonceurs sur votre site. »
Quoi ? Des annonceurs vont venir sur votre site ? Pas de ça chez vous ! Des chats, des poissons, des enfants, des voisins, oui, des annonceurs, non. Ce n’est pas beau, un annonceur, et ça fume le cigare.
Vous vous rendez compte que vous n’avez pas bien compris. Aucun petit milliardaire en complet-veston ne va venir empester vos pages web. Les annonceurs d’aujourd’hui sont parfois de fringants jeunes hommes, mais là n’est pas la question : ils vont jauger la fréquentation de votre site pour décider s’ils y paient un emplacement publicitaire. Avec vos dix visiteurs mensuels, vous n’avez aucune chance, car il se trouve que le public se soucie peu de vos chats, de vos poissons, de vos enfants et encore moins de vos voisins, qui, il faut bien le dire, ne sont pas très intéressants… Alors vous vous replongez dans votre Bailly, où vous lisez que le mot « argos » peut évoquer une très grande rapidité, intense au point de faire penser à la lumière ; et dans votre esprit viennent s’agglutiner des images fulgurantes : « Nu descendant un escalier », grands prix de Formule 1, pieds brillants des héros d’ Homère.
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