Samedi 16 février 2008

Vous voulez de l’argent, du pèse, du fric, de l’oseille, de la fraîche. Vous entendez déjà tinter les louis, les ducats, les sous, les pièces.  Vous savourez, tout contre votre oreille, le doux froissement des billets craquants. Vous revoyez les illustrations de votre enfance, les monticules dorés dans la grotte d’Aladin, les merveilles du cabinet de Diane, Picsou nageant dans un océan de rondelles jaunes.

 

 

Et vous tapez, sur Google, le beau mot d’ « arg.. », tout en vous demandant s’il ne viendrait pas du grec « argos », « brillant », ce qui fait que vous vous interrompez dans votre frappe et saisissez votre dictionnaire étymologique, qui vous déçoit beaucoup en vous affirmant qu’ « argent » vient du latin « argentum », « métal brillant ». C’est d’un plat ! Ce vieux dico qui se prétend si savant, si intéressant - c’est écrit dans sa préface - ne vous dit pas qu’ « argentum » vient du  grec « argos », « brillant » ? Il va finir sur a-bay !

 

 

Alors vous allez chercher votre vieux Bailly et découvrez qu’« argos », « brillant », qualifie dans l’Odyssée une oie bien dodue, « luisante », et, dans l’Iliade,  un bœuf « fort et gras ». Voilà.  Ça vous parle plus que la vaisselle en argent cachée au fond du buffet, et généralement muette.

 

 

Oui, de l’argent, vous en voulez ! du brillant, du gras, du luisant, et vite !

 

 

Vous finissez donc de taper sur Google le beau mot d’ « argent », les yeux déjà remplis de rêves, d’oies, de bœufs, de paysages grecs. Et voici ce qui apparaît alors en haut de votre écran :

 

 

« Comment faire de l’argent ? Facile ! Affichez des annonces pub Kookte  sur votre site Internet. »

 

 

Vous avez un site internet où vous publiez des photos de vos chats, de vos poissons, de vos enfants, de vos voisins, mais vous vous méfiez. D’abord, vous n’aimez pas la pub, ensuite, vous vous méfiez de la facilité, enfin, vous vous demandez si c’est rémunérateur. Vous cliquez deci-delà, à la recherche d’une information sur le montant qui vous serait versé.

 

 

Vous trouvez enfin un paragraphe intitulé « À quelle rémunération puis-je m'attendre ? ».

 

 

Et vous lisez :

 

 

 « La rémunération que vous percevrez dépendra de nombreux facteurs et notamment…»

 

 

Vous trouvez que ça débute très mal. Vous n’aimez pas ça. Mais vous lisez quand même la suite, maintenant que vous avez commencé : « et notamment du montant des enchères effectuées par les annonceurs sur votre site. »

 

 

Quoi ? Des annonceurs vont venir sur votre site ? Pas de ça chez vous ! Des chats, des poissons, des enfants, des voisins, oui, des annonceurs, non. Ce n’est pas beau, un annonceur, et ça fume le cigare.

 
 

Vous vous rendez compte que vous n’avez pas bien compris. Aucun petit milliardaire en complet-veston ne va venir empester vos pages web. Les annonceurs d’aujourd’hui sont parfois de fringants jeunes hommes, mais là n’est pas la question : ils vont jauger la fréquentation de votre site pour décider s’ils y paient un emplacement publicitaire. Avec vos dix visiteurs mensuels, vous n’avez aucune chance, car il se trouve que le public se soucie peu de vos chats, de vos poissons, de vos enfants et encore moins de vos voisins, qui, il faut bien le dire, ne sont pas très intéressants…  Alors vous vous replongez dans votre Bailly, où vous lisez que le mot « argos » peut évoquer une très grande rapidité, intense au point de faire penser à la lumière ; et dans votre esprit viennent s’agglutiner des images fulgurantes : « Nu descendant un escalier », grands prix de Formule 1, pieds brillants des héros d’ Homère. 

par Cerise publié dans : nouvelles
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Vendredi 1 février 2008

Selon la consigne donnée en classe, j’ai pris un nom au hasard dans mon dictionnaire pour en faire le point de départ de ma rédaction. Je suis tombé sur la partie des noms propres, ce qui n’était déjà pas de chance. Bref, mon devoir portera sur Otto Nordenskjöld.

 

 

 

Otto Nordenskjöld est mort le 2 juin 1928, j’ignore dans quel endroit. Il avait alors 57 ans.

 

 

 

Avant de mourir, il avait étudié la géologie, participé à quelques explorations et enseigné à l’Université d’Uppsala.

 

 

 

Son expédition la plus célèbre est celle qu’on appelle « Expédition Antartic », du nom du navire commandé par un certain Larsen. Elle s’est mal passée, cette expédition, et c’est pour ça qu’elle est célèbre.

 

 

 

Larsen devait aller chercher Otto sur une petite île dont le nom signifie « colline de neige », mais il s’est retrouvé pris dans les glaces qui lui ont écrasé son Antartic. Heureusement pour lui, il existait à proximité une petite île, un ancien volcan dont les laves mal refroidies empêchent la formation de glace. Larsen  a pu s’y réfugier en attendant le printemps, en compagnie des pingouins qui y pullulent. Il devait se faire du souci pour Otto, qui, lui, attendait sur sa colline de neige…

 

 

 

J’ai donc imaginé, pour la partie littéraire de mon devoir, un extrait du journal intime de chacun de ces deux aventuriers.

 

 

 

 

 

I.                   Extrait du journal intime de Larsen, rédigé en août 1902, sur l’île Paulet :

 

 

 

Mon cher journal,

 

Ici depuis trois jours. Pas eu le temps d’écrire plus tôt. Tout à organiser sur ce petit bloc de lave mal refroidie. Nous sommes des Robinsons du Grand Sud. Navire broyé puis englouti, spectacle magnifique et sonore, quoique un peu inquiétant, grands craquements de bois, puis lent engloutissement comme si la banquise digérait le navire. Je voulais rester à bord pour m’enfoncer avec lui, mais mes hommes m’en ont empêché… Me voici capitaine d’un caillou. Je m’inquiète pour Otto, mon cher journal, il doit se demander ce que je fabrique… J’espère que son camp d’hibernation sur l’île de neige tiendra le coup et qu’il ne recevra pas la visite d’ours blancs en colère… Tout ce que nous pouvons faire, maintenant, c’est attendre. Survivre (beaucoup de pingouins, ici, chair un peu coriace, mais mangeable) et attendre…

 

 

 

II.                Extrait du journal intime d’Otto  Nordenskjöld, même jour, sur la colline de neige :

 

 

 

 

 

Mon cher journal,

 

Que fait Larsen ? Le temps commence à nous paraître long, ici, dans le grand froid. Nous avons prélevé quelques échantillons, c’est bon, je voudrais retrouver maintenant mon Smäland natal, boire un grog au coin du feu, revoir mes amis, jouer aux cartes (ici, il fait trop froid pour tenir un jeu).

 

 

 

Fin des extraits

 

 

 

Conclusion :

 

 

 

L’histoire se termine bien : la marine argentine, inquiète de ne pas voir revenir L’Antartic, lance une expédition de secours et ramène nos deux aventuriers à la civilisation.

 

Néanmoins, Otto était ruiné. Il dut enseigner jusqu’à sa mort pour payer ses dettes…

par Cerise publié dans : nouvelles
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