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FRAISE ET CERISE

Blog de brèves nouvelles plutôt humoristiques fraîchement écrites par deux auteurs : Fraise et Cerise.

David Foster Wallace: Le Roi pâle

Publié le 14 Juillet 2015 par Cerise in culture critiques

Pour avoir une chance de déguster Le Roi pâle de David Foster Wallace, il faut être un lecteur motivé, consciencieux. En tout cas pour moi, ça s'est passé comme ça : les cent premières pages m'ont considérablement ennuyée, je piétinais à la porte du roman, je ne comprenais pas ce qui se passait, ne goûtais pas particulièrement la prose de l'auteur et c'était presque une corvée de m'y remettre.

Mais comme le même phénomène s'était déjà produit pour La Fonction du balai (je veux dire ennui énorme pendant les cent premières pages et grosse envie d'abandonner), que j'avais persévéré et que les 500 et quelques pages suivantes étaient devenues une compagnie indispensable de mes endormissements vespéraux, j'ai persévéré.

D'ailleurs le thème majeur du Roi pâle est l'ennui. Les protagonistes travaillent à l'IRS, sont chargés de vérifier les déclarations d'impôts (si j'ai bien compris). Le roman est donc émaillé de considérations sur les dividendes, les prestations et autres sujets tout aussi passionnants. Par endroits, les notes de bas de pages précisent dans quelles conditions telle ou telle exonération peut être effectuée ou pourquoi tel personnage a changé de bureau (ces exemples sont fictifs car je ne me souviens pas exactement de quoi parle Wallace dans ses notes de bas de page, mais tente d'en donner une idée (c'est l'esprit qui compte ici, et non la lettre) et grossissent (ces notes de bas de page) à tel point qu'elles finissent par occuper presque la totalité de plusieurs pages successives. Après les avoir lues, on doit revenir en arrière pour reprendre le fil du roman, qui nous narre en même temps les aventures (s'il est permis de s'exprimer ainsi) de divers personnages parfois hauts en couleur (le « voyant » qui reçoit des flashs d'informations totalement inutiles, comme le poids exact au milligramme près de son interlocuteur ou l'employé qui entre en lévitation si légère lorsqu'il est concentré, que personne, pas même lui, ne s'en aperçoit), parfois totalement névrosés (celui que hante la peur (légitime, car ça lui arrive souvent) de se mettre à dégouliner de transpiration). Wallace donne à son œuvre des allures autobiographiques alors qu'il n'a jamais, à ma connaissance, travaillé à l'IRS (à vérifier) : on l'aurait pris, à son arrivée dans les services, pour un autre David Wallace d'un rang bien supérieur au sien, ce qui lui aurait valu un traitement de faveur qu'on lui aurait reproché ensuite.

Bref, un gros mélange d'ennui programmé, de pagaille, de considérations sur l'ennui (et la vie), de pépites, d'imagination, le tout laissé en une grosse pile de feuillets dans un coin de la chambre où David Wallace s'est donné la mort. Ses amis se sont, eux, donné beaucoup de peine pour tenter de déterminer l'ordre des parties afin de publier l'oeuvre d'une façon qui aurait pu convenir à l'auteur. Ils ont bien fait. J'espère avoir démontré que c'était finalement génial.

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