Dimanche 1 juin 2008
La maison est de taille moyenne. Une glycine en fleurs décore la porte. De la rue, on peut voir, sur les rebords intérieurs des fenêtres, au rez-de-chaussée, des fleurs en plastique. Sur le perron, une famille de canards en faïence : la maman devant et les petits bien alignés. Toutes les fenêtres sont fermées.

 

« T’es vraiment qu’une pourriture ! » Il a les yeux énormes comme gonflés par la colère. Sa mâchoire inférieure s’est déplacée vers l’avant. « J’en peux plus de tes conneries. Tu vas me faire chier encore combien de temps ? Tu crois que j’en ai pas marre de te supporter ? A toujours me critiquer ! Tu fais quoi, toi ? C’est toi qui rapportes du fric ? T’es qu’une bonne à rien. T’as qu’à aller bosser comme tout le monde ! J’en peux plus de ta gueule ! »

Elle est aplatie contre le mur. Immobile. « Va bouffer tes pilules, pauvre conne ! ». Il part en claquant la porte. Elle reste un moment prostrée. Elle sent ses jambes et ses bras lourds. Elle tombe assise sur la première marche des escaliers. Elle fixe un pétale de glycine mauve sur le carrelage beige. Ses yeux se noient. Il faut aller chercher les enfants à l’école. Elle pleure. Elle se lève et va vers la salle de bains. Elle regarde son visage de femme de quarante ans rougi par les larmes. Sa respiration devient difficile. Les sanglots l’étouffent. De l’eau froide sur la nuque, sur les yeux. Se calmer. Se calmer. Les enfants à l’école. Elle s’entraîne à respirer lentement. Ca va aller. Ca va aller. Les enfants.

 

« Oui, maman t’a préparé un bon hachis parmentier » « Et toi, mon chéri, ça a marché le T.P. de physique ? » Ils dévorent le plat familial. « Tu ne manges pas, maman ? » « Oh, je n’ai pas très faim. .. J’ai grignoté ce matin ; ça m’a coupé l’appétit. Tu vois, c’est bien la preuve qu’il ne faut pas grignoter, mon prince ! »

Tout le monde remonte dans la voiture. « Mais, maman, tu as oublié de tourner ! Elle est là l’école ! » « Oh que je suis distraite. Attends, hop, je vais faire demi-tour. Et voilà, les enfants ! Travaillez bien. A tout à l’heure. »  Elle va chez son amie Marie qui est toujours chez elle. Non, non…elle ne se laissera pas faire ! Quel pauvre type ! Il a oublié que quand elle l’a rencontré, il n’était pas grand-chose ! C’était rien son mari, avant elle. Tu comprends ? Rien. Elle en a fait quelqu’un. Si elle n’avait pas insisté, ils n’auraient jamais acheté la maison et maintenant ils ne pourraient plus se la payer. Et à quoi il ressemblait avec ses chaussettes trouées et ses pulls trop courts ? C’est elle qui gère tout ! Il a fallu que j’attende qu’il m’épouse pour que je puisse mensualiser toutes les factures. Mais maintenant, il est bien content que ça se passe comme ça. De toute manière, ça fait des années qu’il me traite mal, mais, il ne m’aura pas. Je l’ai toujours maté ! J’ai toujours gagné. Il sait bien que je ne me laisse pas faire !

Et elle boit café sur café. Son visage est vidé, comme aplati par la tension et la fatigue. Après deux heures de confidences haineuses, elles s’embrassent avec chaleur, unies dans la lutte des femmes-humiliées-qui-ne-se-laissent- pas-faire.

 

« Oui, je vais vous faire le goûter. » Ils approchent de la maison. Elle a le cœur qui bat fort. Sa voiture n’est pas là, il n’est pas encore rentré. Ses mâchoires se détendent. « Oui, tu peux aller jouer mon prince. Mais, toi, tu montes dans ta chambre tout de suite et tu bosses sur ta dissert…et tout de suite ! » Elle a les yeux noirs et, d’un index ferme, elle désigne la direction. Elle crie : « Qui est-ce qui commande ici ? » Le grand monte en traînant les pieds. 

 

            « Papa n’est pas là ? On ne l’attend pas pour dîner ? » «  Oh, tu sais, mon prince, ton père ne fait que ce qu’il veut ! Il est sans doute chez un client. »

 

La maison est sombre et silencieuse maintenant. Elle pense à appeler Marie, mais il est trop tard. Il pourrait rentrer d’un instant à l’autre. Elle monte se coucher. Impossible de dormir. La lumière des lampadaires à travers les stries des volets en fer, le témoin rouge de la télévision…sa bouche à lui déformée par la haine, son cœur qui bat trop vite…il est couché sur le sol, elle se précipite vers lui, elle cogne, cogne sa tête sur le trottoir….Elle s’assoit dans le lit, trempée de sueur. Un bruit. C’est la porte qu’il vient d’ouvrir. Deux heures du matin. Elle ressent comme un soulagement : il n’a pas découché, il est rentré. Elle le suit à ses bruits. Il a ouvert le frigo. Il a pris un verre à bière. Il ne s’est pas assis : aucun bruit feutré de patins sous la chaise. Elle attend. Elle se lève tout doucement et se rapproche de l’escalier. Elle le voit en partie. Il est accroupi. Il cherche quelque chose. Elle comprend qu’il fouille dans son sac à mains. Elle a deviné : il lui enlève sa carte bleue. Sur la pointe des pieds, elle part vite se recoucher et ferme les yeux, le cœur battant à se rompre. Beaucoup plus tard, il monte et s’endort, ensuqué. Il ronfle à côté de sa femme.

 

Elle a préparé le café, comme d’habitude. Ils ne se regardent pas. « Dis, mon prince ? Tu veux que maman t’emmène à la piscine cette après-midi ? » Elle rajoute tout bas, avec un grand sourire : « Là, où il y a de beaux maîtres nageurs. » « Oui ? Alors, va demander à papa qu’il nous donne un peu d’argent pour y aller. Va, mon prince ! » 

par Fraise publié dans : nouvelles
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Vendredi 23 mai 2008
    Aujourd'hui, nous avons organisé une petite fête pour remettre aux élèves de l'atelier d'écriture une brochure contenant les meilleurs de leurs textes. Jus de pomme et gâteaux offerts par le lycée, visite de la presse, un jeune journaliste venu les interviewer, les photographier... Bref, tout ce qui fait plaisir.
    Et puis voici que Fraise leur demande:
"Est-ce que vous allez vous réinscrire l'année prochaine?
- Oui!!
- Et vous avez des idées de thèmes, de genres? En un mot, que voudriez-vous écrire?
- Pas de la poésie!
- Des histoires d'amour!
- Oui, des histoires d'amour!!
- Euh, mais vous savez que les histoires d'amour finissent mal, en général?
- Oui! Des histoires d'amour qui finissent mal!
- Non! des histoires d'amour qui finissent bien!
- Euh, comme dans la collection Harlequin?
- Oui!!!
- Euh, vous connaissez la collection Harlequin?
- Oui!
- Hum, et c'est ça que vous voulez écrire?
- Oui!
- Vous voulez écrire des histoires comme celles de Barabara Cartland?
- C'est qui?
- Un auteur de romans à l'eau de rose. D'ailleurs elle s'habillait toujours en rose...
- On pourrait peut-être l'inviter?
- Ah, non, elle est morte, impossible.
- Bon, l'année prochaine, on s'habille tous en rose et on écrit des nouvelles à l'eau de rose...
- Super!!
- Yeah!!!

 Bon, euh, Fraise, je profite de ce petit article pour te dire que j'envisage un voyage d'une année en Australie. 
par Cerise publié dans : Brèves
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