Rédaction de Julien
"Dans le métro"
Ma mère m’a demandé de l’accompagner au bon Marché et nous avons pris le métro, station Porte de Saint Cloud.
A la station suivante, un homme d’une cinquantaine d’années est monté dans le compartiment et a commencé à parler à toute l’assistance. Bon, c’est fréquent, d’habitude ils récitent un petit compliment et puis font la quête.
Celui-là, c’était autre chose : un intello. Il nous a d’abord dit qu’il ne croyait pas en Dieu quand on est passé à Saint Augustin. « Aujourd’hui, c’est Dimanche. Les braves gens vont à la messe et moi, je n’y vais pas parce que je ne crois pas en Dieu. ».
J’ai regardé Maman, elle faisait celle qui n’entendait rien. Remarquez, elle ne va pas non plus à la messe. Ni moi.
L’homme parlait très fort, d’un ton assuré, avec une voix qui ressemblait à celle d’un acteur que j’ai vu dans un vieux film, j’ai oublié le titre et le nom du comédien, mais il parlait comme ça, comme si la terre ou le wagon lui appartenait. Personne ne se souciait de l’empêcher de dire ce qui lui chantait.
Quand on est passé à Ranelagh, il nous a expliqué qu’on était dans le XVIème arrondissement, un quartier de la haute bourgeoisie. Il a pris un accent un peu précieux pour nous expliquer les bourgeois du XVIème, comment ils se tenaient raides et s’habillaient dans des maisons sérieuses, et juste à ce moment là, un vieux monsieur avec une écharpe écossaise tout ce qu’il y a de plus chic et un manteau gris bien coupé est entré dans le compartiment, et c’est vrai qu’il était raide ! J’avais envie de rire et j’ai encore jeté un petit coup d’œil à ma mère, mais j’ai vu à sa mine que ce n’était pas le moment de rigoler, de se payer la tête du beau monde et d’être complice d’un malotru qui se permet de parler fort dans le métro.
L’homme arpentait l’allée entre les passagers et disait : « Peut-être qu’il ya parmi vous des gens qui croient en Dieu ? Eh bien, désolé, mais moi je n’y crois pas et je pense que ceux qui y croient sont des cons. Je suis athée, ce qui vient du grec et signifie « sans dieu ». Si quelqu’un veut en discuter, je suis son homme. » ça le travaillait drôlement, cette question de l’existence de Dieu, mais personne ne lui a répondu et tous les gens regardaient ailleurs.
Alors il s’est mis à chanter. Ça parlait des Américains et des Indiens, et de ce que les Américains ont fait aux Indiens. Je ne me souviens plus des paroles, assez simples, du genre « ils les ont tous zigouillés ».
L’homme chantait très très faux, j’avais de plus en plus envie de rigoler, mais je me retenais bien et je regardais dehors, le mur du métro qui défilait, gris avec des tags blancs.
Tout de même, il chantait tellement faux que quelqu’un a dû faire une grimace, alors j’ai entendu l’homme demander : « Cette chanson ne vous plaît pas, Monsieur ? ». On n’a pas entendu la réponse, mais elle devait être négative, car l’homme a crié encore plus fort : « Elle ne vous plaît pas, cette chanson ? C’est une chanson de Bob Dylan, Monsieur, et le disque s’est vendu à des milliers d’exemplaires ! Que dis-je, des milliers, à des millions d’exemplaires ! Alors je dis que vous êtes un con, Monsieur, si cette chanson ne vous plaît pas ! Oui, vous êtes un vrai connard ! »
Là, visiblement, il ne rigolait plus du tout. Autant il était prêt à discuter de l’existence de Dieu, autant il n’admettait pas qu’on n’apprécie pas Dylan.
Le métro s’est arrêté et le passager qui n’aimait pas la chanson de Dylan sur les Américains a dû descendre, car j’ai entendu la voix de l’homme qui s’éloignait en continuant à le traiter de connard.
Dommage qu’il soit parti, on rigolait bien, avec lui.
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