Dimanche 25 février 2007

Rédaction de Julien


"Dans le métro"


Ma mère m’a demandé de l’accompagner au bon Marché et nous avons pris le métro, station Porte de Saint Cloud.

A la station suivante, un homme d’une cinquantaine d’années est monté dans le compartiment et a commencé à parler à toute l’assistance. Bon, c’est fréquent, d’habitude ils récitent un petit compliment et puis font la quête.

Celui-là, c’était autre chose : un intello. Il nous a d’abord dit qu’il ne croyait pas en Dieu quand on est passé à Saint Augustin. « Aujourd’hui, c’est Dimanche. Les braves gens vont à la messe et moi, je n’y vais  pas parce que je ne crois pas en Dieu. ».

J’ai regardé Maman, elle faisait celle qui n’entendait rien. Remarquez, elle ne va pas non plus à la messe. Ni moi.

L’homme parlait très fort, d’un ton assuré, avec une voix qui ressemblait à celle d’un acteur que j’ai vu dans un vieux film, j’ai oublié le titre et le nom du comédien, mais il parlait comme ça, comme si la terre ou le wagon lui appartenait. Personne ne se souciait de l’empêcher de dire ce qui lui chantait.

Quand on est passé à Ranelagh, il nous a expliqué qu’on était dans le XVIème arrondissement, un quartier de la haute bourgeoisie. Il a pris un accent un peu précieux pour nous expliquer les bourgeois du XVIème, comment ils se tenaient raides et s’habillaient dans des maisons sérieuses, et juste à ce moment là, un vieux monsieur avec une écharpe écossaise tout ce qu’il y a de plus chic et un manteau gris bien coupé est entré dans le compartiment, et c’est vrai qu’il était raide ! J’avais envie de rire et j’ai encore jeté un petit coup d’œil à ma mère, mais j’ai vu à sa mine que ce n’était pas le moment de rigoler, de se payer la tête du beau monde et d’être complice d’un malotru qui se permet de parler fort dans le métro.

L’homme arpentait l’allée entre les passagers et disait : « Peut-être qu’il ya parmi vous des gens qui croient en Dieu ? Eh bien, désolé, mais moi je n’y crois pas et je pense que ceux qui y croient sont des cons. Je suis athée, ce qui vient du grec et signifie « sans dieu ». Si quelqu’un veut en discuter, je suis son homme. » ça le travaillait drôlement, cette question de l’existence de Dieu, mais personne ne lui a répondu et tous les gens regardaient ailleurs.

Alors il s’est mis à chanter. Ça parlait des Américains et des Indiens, et de ce que les Américains ont fait aux Indiens. Je ne me souviens plus des paroles, assez simples, du genre « ils les ont tous zigouillés ».

L’homme chantait très très faux, j’avais de plus en plus envie de rigoler, mais je me retenais bien et je regardais dehors, le mur du métro qui défilait, gris avec des tags blancs.

Tout de même, il chantait tellement faux que quelqu’un a dû faire une grimace, alors j’ai entendu l’homme demander : « Cette chanson ne vous plaît pas, Monsieur ? ». On n’a pas entendu la réponse, mais elle devait être négative, car l’homme a crié encore plus fort : « Elle ne vous plaît pas, cette chanson ? C’est une chanson de Bob Dylan, Monsieur, et le disque s’est vendu à des milliers d’exemplaires ! Que dis-je, des milliers, à des millions d’exemplaires ! Alors je dis que vous êtes un con, Monsieur, si cette chanson ne vous plaît pas ! Oui, vous êtes un vrai connard ! »

Là, visiblement, il ne rigolait plus du tout. Autant il était prêt à discuter de l’existence de Dieu, autant il n’admettait pas qu’on n’apprécie pas Dylan.

Le métro s’est arrêté et le passager qui n’aimait pas la chanson de Dylan sur les Américains a dû descendre, car j’ai entendu la voix de l’homme qui s’éloignait en continuant à le traiter de connard. 

Dommage qu’il soit parti, on rigolait bien, avec lui.

par Cerise publié dans : nouvelles
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Mercredi 14 février 2007

La dernière que j’ ai vue, c’était dans Massacre à la tronçonneuse, un classique des végétariens. Autant vous dire tout de suite que je ne me suis jamais vue achetant un tel objet.. Mais ma voisine demande qu’on coupe les branches qui dépassent dans son jardin et nos premiers essais avec une petite scie égoïne n’ont pas été concluants…

Le problème, c’est que je n’y connais rien, et puis ça vous scie une main sans même y penser, ces engins-là… Je vais demander conseil à un vendeur, ça m’aidera. Je l’imagine un peu paternel, rassurant, plein de bons conseils et balayant mes craintes d’un revers de main, car avec la tronçonneuse XYZ, pas de problème. Un truc comme ça.

C’est donc toute guillerette que je me rends au super-bricolo du coin.

Mon enthousiasme marque un léger recul devant les dix modèles alignés sur les présentoirs du rayon jardinage. Pour résumer : énormes et menaçants. Vite, le vendeur sauveur! On me le désigne, occupé à monter une tonnelle à l’autre bout de l’allée. C’est un homme de haute taille, large d’épaules, la quarantaine, cheveux en brosse, visage rectangulaire, sueur au front,  regard froid. Je l’interromps poliment dans sa besogne et lui explique mon cas : je veux acheter une tronçonneuse, mais crains qu’elle ne soit trop lourde, trop coupante, trop tronçonneuse en somme. N’aurait-il pas un modèle spécialement conçu pour les femmes ? Il hausse le sourcil, jette un coup d’œil sur mon grand cabas en osier rose et, après s’être épongé le front de la manche, me fait signe de le suivre jusqu’ aux  tueuses d’acier qui me voient revenir avec une satisfaction non feinte (ai-je dit que j’étais télépathe ?). Elles en ont toutes assez d’être couchées là et voudraient bien que je les achetasse. Je ne suis pas insensible à leur détresse, mais d’une part, je me vois mal faire l’emplette de dix tronçonneuses d’un coup, d’autre part, je capte en elles des désirs de défoulement tous azimuts qui me refroidissent, si je puis m’exprimer ainsi.

Le vendeur me désigne une mutilatrice rouge sang qu’il affirme être plus petite et moins lourde que les autres. Elle ne me plaît pas du tout. C’est une jeune écervelée, ça se sent, qui ne rêve qu’abattage et accidents. Je fais la moue. Je demande un modèle d’une autre couleur, rose, si possible. Le vendeur hausse les épaules, cette fois, et m’explique sèchement qu’ on n’est pas dans un magasin de prêt-à-porter, ici. Je rétorque que le choix du coloris existe bien pour les automobiles. Il me dit qu’il fera part de ma réclamation au fabricant, qu’en attendant, si je veux vraiment acheter une tronçonneuse, il me faudra me contenter d’un coloris par marque. Je finis par trouver un prétexte : cet engin fonctionne à l’aide d’un moteur : c’est salissant. Je réclame une tronçonneuse électrique, légère et maniable, et rose ou blanche, ou bleu ciel à la rigueur. Le vendeur m’explique qu’à son avis, je ne veux pas acheter de tronçonneuse, car tous les modèles électriques qu’il propose sont présents devant moi, et tous verts. Je le remercie de son aide, lui déclare que je vais réfléchir et sors dignement du super-bricolo pour me rendre dans l’hyper-jardino d’à côté où j’use de la méthode dite « éclair » : j’entre à toute allure, parcours les rayons au pas de chasseur jusqu’à ce que j’aie repéré les tronçonneuses et, avant d’avoir remarqué un détail susceptible de me freiner dans mon élan,  m’empare d’un carton de modèle électrique (vert et lourd), le transporte vaillamment sans l’écouter jusqu’à la caisse, puis jusqu’au coffre de ma voiture, qui n’en croit pas ses yeux.

Ouf !

par Cerise publié dans : nouvelles
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