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a été créé et offert par la Fabrique, tous nos remerciements à Koulou, alias Flégroll!
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Quand je m’approche du groupe J-F, T., il est bien évident qu’ils parlent de tout autre chose que du texte de Sénèque…
« Tu lui as rendu ?
- Tu rigoles ? On verra ça ce soir, après le match…
- Fais gaffe, v’là la prof…
- Alors, oui… Nous disions… « Est ille plus quam capit ». M’dame, qu’est-ce que ça veut dire, « capit » ? On n’y comprend rien, M’dame, c’est trop dur, le latin… »
Moi : Comment ça, « que veut dire « capit » ? » ? Vous n’allez tout de même pas me dire que vous ignorez encore le sens du verbe « capio » ????
J-F : Ah, oui, c’est « prendre », c’est ça ?
Moi : Exact, mais ici, ça n’ira pas, il faut le traduire par « contient ». Bon, je vous laisse, vous n’avez pas encore réfléchi au texte, à mon avis. Vous devez avoir terminé dans cinq minutes.
J-F : Oh non, m’dame ! On n’y arrivera jamais !
Moi : Mais si, mais si. Essayez toujours. Je vous aiderai, mais il faut que vous ayez essayé.
H. est plus habile que cela d’habitude. Sa voisine et elle m’ont fait une espèce de soupe de mots incongrue pour traduire « Virga murmur omne compescitur ». Sur le brouillon d’H., je déchiffre : « La vierge murmure : « tout est étouffé. »
Moi : Hum ! Votre vierge qui murmure, je me demande ce qu’elle vient faire au milieu des esclaves…
H. C’est peut-être une jeune esclave étouffée par son maître ?
Moi : « Murmur » n’est pas un verbe. On aurait « murmurat », en latin.
H. C’est le murmure ?
Moi : Voilà ! Et « omne » va avec « murmur ».
La copine d’H : « Tout murmure est étouffé » !
Moi : Et « virga », ce n’est pas la vierge, c’est la verge qui servait à frapper les esclaves.
H ; « Tout murmure est étouffé par la verge » !
Moi : Eh bien on y arrive !
F. et U. sont aux prises avec « Nocte tota jejuni mutique perstant. »
F. : « La nuit toute jeune… euh… et … persiste ».
Moi : Après la vierge étouffée, voici une nuit toute jeune et pleine de persévérance! C’est de plus en plus poétique ! A quel cas est « Nocte tota » ?
U. « Toute la nuit » ?
Moi : Bon, mais vous auriez dû trouver ça tous seuls ! « Jejuni » renvoie aux esclaves. Vous l’avez cherché dans votre dictionnaire ?
U. Oui, c’est « jeune ».
Moi : Non, « jeûne », avec un accent circonflexe, le « jeûne », quand on ne mange pas. Ici, c’est un adjectif, ça veut dire « à jeun ».
Je retourne voir mes gugusses qui vont à un match, ce soir… et m’empare de leur brouillon : ils ont écrit quelques mots de plus que tout à l’heure, ce qui n’est pas difficile… « Il est là plus que son ventre, et l’immense avidité charge son distentum ventre ac désuet déjà le ventre dans l’office, au point de vomir toutes les oeuvres qu’il a… »
Moi : Eh bien, je vois que vous avez un peu travaillé ! Evidemment, il y a quelques erreurs…
T : On n’y comprend rien, m’dame… ça veut rien dire ! « Il est là plus que son ventre » ! Il ne peut pas être là plus que son ventre, le gars !
Moi : Certes, c’est donc que vous vous êtes trompés… Regardez la note 3
T. : « est : il mange » Ah, ben non, j’avais pas vu… Et toi, J-F, t’avais vu ?
J-F : Ben non, ballot, sinon je te l’aurais dit !
T ;: Tu parles ! C’est moi qui ai tout traduit tout seul !
J-F : T’appelles ça traduire ? T’as du culot ! Et qui c’est qui a trouvé pour « l’immense avidité » ? Hein ? Qui c’est ?
T. : C’est toi, mais c’était facile, ça ! Alors que…
Moi : Bon, stop. Vous règlerez ce différend plus tard. T ., traduis moi maintenant « est plus quam capit »
T. : « Il mange plus qu’il ne contient. ». ça veut dire quelque chose, ça, madame ?
J-F : Ben oui, ballot, ça veut dire qu’il déborde !
Moi : Exact, il a trop mangé. La nourriture déborde de lui, et c’est pourquoi il vomit.
T. : M’dame, sans vous offenser, il est dégueulasse, votre texte… C’est bientôt l’heure du déjeuner, j’avais faim, mais là, je sens que ça va me couper l’appétit…
Moi : Mais non, mais non. L’image est forte, certes, mais c’est parce que Sénèque veut régler son compte à ce mauvais maître. On l’imagine énorme, en train de se goinfrer, tandis que ses esclaves sont affamés…
J-F. : Et pourquoi vomit-il des œuvres, alors ? Ce seraient pas des hors d’œuvre, plutôt ?
Moi : il ne vomit ni des œuvres, ni des hors-d’œuvre, ce n’est pas « opus, operis », c’est « opera, operae », qui veut dire « le travail, la peine ». A quel cas est « majore opera » ?
T . : Au nominatif ?
Moi : Non
J-F. : A l’accusatif, alors ?
Moi : Non, ne jouez pas à la devinette, regardez « majore », terminaison « e », c’est… ?
T. Le vocatif !
Moi : Ah non, car il ne s’agit pas d’un nom de la deuxième déclinaison… On est dans le modèle de la troisième déclinaison, ici…
J-F : L’ablatif !
Moi : Oui, et quelles sont les fonctions possibles de l’ablatif ?
J-F : Complément circonstanciel !
Moi : Oui, de quoi ?
T. : de lieu ?
Moi : Ecoute, T., un travail ne peut pas être un lieu, alors réfléchis un peu : « majore opera omnia egerat »
J-F. : Il vomit tout avec un travail majeur !
Moi : On se rapproche. Vous vous souvenez du mot « major » ?
T. : Plus grand.
Moi : Exact. Alors « majore opera egerat quam ingessit » ?
J-F. : Il vomit avec un plus grand travail qu’il ingère.
Moi : On y est presque… A quel temps est « ingessit » ?
T. : Au parfait, c’est écrit dans la note 4.
Moi : Bon, et comment traduit-on le parfait ?
J-F : Par un passé simple ou composé.
Moi : Oui, passé composé dans un texte au présent. Donc ?
T. Il vomit tout avec un plus grand travail qu’il a ingéré.
Moi : Tu comprends le sens, ou pas ?
T ; Ben non, m’dame, j’y comprends rien du tout. Pourquoi il a ingéré un travail, le gars ?
J-F. : Incroyable ! Tu comprends pas qu’il a plus de mal à vomir qu’il n’en a eu à avaler ?
Moi : Et d’ailleurs, le texte sous-entend qu’il s’est déjà donné beaucoup de peine pour avaler tout ça !
T. : C’est fini, je ne déjeune plus…
Moi : Bon. On mettra tout ça en commun après les vacances, que je vous souhaite bonnes et reposantes.
J-F : Avec tout le travail que nous ont donné les profs, m’dame, on aura du mal à se reposer !
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