Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 17:09

decrescendo C'est un doux soir de septembre. Des souffles tièdes entrent par la fenêtre ouverte et flottent dans la chambre. Une femme est allongée sur le lit. Sa journée de travail a été rude : altercation avec le patron, récriminations des clients, menues erreurs dans les comptes qu'elle a dû vérifier plusieurs fois, avec cette douleur aiguë, ce nœud des muscles dans son dos.

Elle tente de se détendre, mais sombre dans un puits noir. Trop lourd, incapable, trop dur, assez, ça fait mal... Elle revoit l’œil agressif du patron, entend à nouveau la voix pointue d'une cliente particulièrement désagréable. Elle tente de se rassurer : ce n'est rien, pas grave, ressaisis toi, tout ira mieux demain. Mais demain s'impose comme un autre jour d'épuisement, d'erreurs, de remarques grinçantes et elle s'abandonne de plus en plus au désespoir. Les minutes passent, n'apportant aucun répit. Toujours cette douleur, dans tout son corps à présent ; toujours ces pensées négatives, comme des vagues obstinées qui sapent, comme des lames qui lui fouaillent les entrailles. A perte de vue, des journées grises, une vie morose, un aigre ressassement...

 

Et puis un rire.

 

Cela vient de dehors, probablement d'un jardin avoisinant.

Un rire de femme qui jaillit dans le silence et s'égrène, semblable à des touches éclatantes de vermillon ou de garance sur un fond noir.

Un tel rire ne peut avoir été provoqué que par un événement d'un comique irrésistible. Il est si soudain, si naturel.

La femme allongée sur son lit, la femme désespérée, s'aperçoit qu'elle s'est mise à sourire. Elle ignore tout, bien sûr, de ce qui a causé cette hilarité. Quelle phrase, quel spectacle a pu susciter ce decrescendo joyeux ? C'est tordant, en tout cas, on ne peut s'empêcher d'éclater quand on entend ou voit cela. Et quelque chose de cette drôlerie est passé par les ondes, est arrivé jusqu'à elle, qui ne sait pas pourquoi elle sourit maintenant malgré elle, au milieu de toutes ses idées noires.

 

Et puis à nouveau ce rire.

 

Le même, exactement le même, six ou sept notes claires dans le soir.

 

On pourrait le peindre, on pourrait en faire un collier et l'emporter avec soi pour ne jamais l'oublier.

 

Le sourire de la femme désespérée s'est affranchi. Il agit en toute autonomie. Il s'élargit. Elle se trouve bête de ne même pas pouvoir s'empêcher de sourire, elle qui est d'humeur si morose... Mais ce rire est si contagieux, c'est sûrement si drôle ! Pour un peu, elle poufferait...

Par Cerise - Publié dans : nouvelles - Communauté : Les mots dans tous leurs états
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