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FRAISE ET CERISE

Blog de brèves nouvelles plutôt humoristiques fraîchement écrites par deux auteurs : Fraise et Cerise.

Collés

Publié le 5 Octobre 2010 par Fraise in nouvelles

     DEUX-CHAT-COLLES        

                  Irène, habillée sobrement d’une robe colorée, monte les escaliers un dossier à la main. Le soleil vespéral du mois de juillet donne des reflets mordorés à ses cheveux mi-longs. Elle arrive sur une terrasse où sont réunies des dizaines de personnes. « Bonsoir Irène ! » dit une voix derrière elle. Elle se retourne et va embrasser chaleureusement un homme âgé et seul sur un banc. Elle reste quelques minutes près de lui à discuter et s’éloigne en direction du directeur de l’entreprise pour laquelle elle effectue des missions en qualité d’intérimaire. Elle lui remet le dossier en s’excusant pour le retard. Il formule quelques paroles confuses mais aimables. Irène s’approche alors d’un groupe de salariés avec lesquels elle a déjà discuté quelquefois. « Ah, bonsoir ! » Irène répond avec un sourire à l’homme grand et fin à sa gauche. Il pourrait avoir cinquante ans mais il est surtout de ces hommes adolescents sans âge toujours mal assurés et indécis. Son épouse est plutôt dodue avec une énergie forte dans le flux de parole et une vivacité puissante dans le regard. Elle est habillée avec un chemisier rentré dans une sorte de jupe-culotte vieillotte. Elle n’a aucun maquillage et le chignon lourd. Elle porte des bagues anciennes : un solitaire monté sur or blanc, une alliance et une émeraude. Toutes les deux discutent avec enthousiasme d’une exposition qui fait grand bruit dans la région. Le mari écoute, l’index plié sur la bouche et sa femme parle volontiers, y compris en son nom à lui. Irène réalise qu’il est passé derrière elle puis à sa droite et qu’il est maintenant à côté de sa femme. Alors, celle-ci lui caresse le visage et se frotte à lui de façon ostensible avec un regard pénétrant et complice. Irène se sent débordée par un rire intérieur. Ni le lieu ni la conversation ne conviennent à cette comédie. Et elle le voit, lui, qui regarde sa femme le sourire aux lèvres avec la docilité aimante d’un enfant. Irène entend avec soulagement les portes d’une grande salle s’ouvrir. Elle comprend qu’un dîner est prévu et en profite pour s’éclipser discrètement. Enfin seule, elle rit pleinement de la scène qu’elle se repasse accompagnée par le bruit régulier de l’alarme-essence. A la station service, une voiture est parallèle à la sienne à une autre pompe. Irène regarde le jeune conducteur qui tient fermement le tuyau. Une jeune fille, le regard vide, attend derrière lui, collée, comme aimantée, les bras autour de ses épaules. Irène s’inquiète presque de la secousse qui va bientôt les séparer quand le niveau maximum d’essence sera atteint. Elle range sa carte bleue et voit la jeunesse s’éloigner déjà. Avec un simple panier en osier elle entre dans l’hypermarché. Un enfant crie accroché à la jupe d’une femme qui semble fatiguée. Irène suit un couple qui pousse le caddie main dans la main. Devant le rayon Littérature française, la femme s’éloigne un peu de l’homme et ralentit : « Je m’achèterais bien un livre ». Par la main, il la ramène contre lui : « Bah, pour quoi faire ? », et ils continuent à avancer mollement. A la caisse, un homme porte un bébé dans ses bras. Le petit appuie sur les joues de l’adulte et tire sur son nez visiblement heureux de la découverte de ce nouveau territoire. L’homme fait semblant de lui manger la main. Derrière eux, le panier posé par terre, Irène les regarde. Sincèrement attendrie, elle rit enfin sans retenue.

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J
<br /> <br /> Délicieux mes chères auteurs fruitées ! un petit mirceau de nougat qu'on savoure logtemps en regardant par la fenêtre :)<br /> <br /> <br /> <br />
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