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FRAISE ET CERISE

Blog de brèves nouvelles plutôt humoristiques fraîchement écrites par deux auteurs : Fraise et Cerise.

Entre amis

Publié le 31 Juillet 2010 par Fraise in nouvelles

                          colonne

« Saluuut ! » La voix est forte, affirmée. Véronique pose le torchon sur le plan de travail de la cuisine et, souriante, va à la rencontre de la femme qui est déjà entrée.

« Bonsoir, Caro. Comment ça va ? » « Salut Bernard. » rajoute l’hôtesse en direction du mari qui suit. Ils s’embrassent.

« Waaahhh…qu’est-ce qu’il fait chaud ! Quel temps ! lance Caroline. C’est épouvantable : je suis cla-quée ! Elle s’écroule sur le canapé et enlève ses chaussures. Elle fixe l’œuf en émaux de Longwy posé sur la commode devant elle.

« Oui, c’est pénible, répond Véronique. Mais ils ont annoncé des orages pour demain. Ca va faire du bien.

-Oui, oui, il y a même une alerte orange sur toute notre région, rajoute Bernard en direction de Véronique.

-Je vous sers quelque chose ?

-Oh, oui, s’il te plaît ! répond aussitôt Caroline. De l’eau, pour commencer. Mais de la fraîche !

Elle a de beaux cheveux riches et courts aux reflets marron glacé. Elle est fardée dans un mélange harmonieux mais si couvrant qu’il ne laisse plus apparaître la moindre parcelle de sa peau naturelle.

-Je veux volontiers quelque chose de frais, moi aussi, dit Bernard. Ce que tu as, Véronique. 

-Eh bien, il y a du Perrier, du Coca, de la Vittel ou de l’Ice-Tea. A vous de me dire ! répond-elle joyeusement.

-Christophe n’est pas là ? demande Bernard. Il n’est quand même pas parti faire du vélo sous un tel cagnard ?

-Non, non, il est juste allé nous acheter un ventilateur. Tu sais, une colonne d’air ? C’est surtout pour la nuit.

-Bah, tu parles ! Sous la mezzanine, ça cogne, nécessairement ! » commente Caroline. 

 

Véronique s’active à la cuisine qui n’est pas séparée de la pièce centrale de la maison. Elle pose les verres et les boissons sur un plateau. C’est une femme grande au nez busqué et à la carrure un peu massive. Avec ses cinquante ans, elle s’est épaissie autour des bras, du ventre, des cuisses.

« Tu veux que je t’aide ? lui demande Bernard en se dirigeant vers elle

-Oui, c’est gentil. Prends les amuse-gueule, si tu veux bien.

-Saluuut, c’est moioioi ! » dit une voix depuis l’entrée, une voix un peu faible, comme mal assurée.

Véronique pose le plateau sur la table basse du salon en répondant sur un ton enjoué: « Salut mon chéri ! » Il entre dans la pièce. C’est un homme grand et maigre à la peau du visage fine et aux traits presque douloureux.

« Tu n’as pas trouvé la colonne ? demande Véronique, surprise.

-Si, si mais je l’ai laissée dans la voiture. Je la monterai tout à l’heure.

-Oh, oui, vous serez mieux, dit Caroline. Elle ne s’est pas levée. Elle a posé ses jambes musclées et en partie nues sur le canapé en occupant ainsi les trois-quarts.

-Salut » lui dit Christophe en se baissant pour l’embrasser.

Bernard luitend la main. Christophe la lui serre distraitement.

« J’ai cru que tu étais parti faire du vélo, figure-toi !

-Oh, non, là, il fait trop chaud. Mais j’en ai fait ce matin ! Tu sais, là, j’en suis à 1000 bornes depuis la semaine dernière !

-T’es fou !

-Je te serre un Perrier ? lui demande Caroline

-Oh, non, merci. Moi, les bulles, ça ne me réussit pas, tu sais. Je vais juste prendre un peu de Vittel. Mais, vous comptez faire une soirée sans alcool, là ?

-Non, non, dit Véronique en riant, mais on commence soft, pour ne pas être trop fracassés !

-Ah, j’ai eu peur », répond Christophe avec un sourire d’adolescent.

 

La discussion s’installe autour des collègues de travail de Véronique, Christophe, Caroline. Bernard ne travaille pas dans la même branche, mais il a fini par retenir les noms et peut-être même par mettre un visage sur ceux et celles qui reviennent, comme dans un feuilleton télévisé, tous les vendredis soirs au repas chez les uns ou chez les autres entre amis et voisins.

« Et alors, la petite jeune qui vous titille tant, qu’est-ce qu’elle devient ? demande-t-il moins par intérêt que pour lancer le ronron d’une conversation.

-Oh, ne m’en parle pas ! Enfin, toi, de toute façon, tu sais : je te l’ai déjà dit cette semaine, dit Caroline en le regardant. Mais, toi, Véro., tu as vu qu’elle s’est achetée la dernière petite Alfa Roméo ? Tu vois un peu le genre ? Ca a même pas trente ans ! C’est incroyable ce qu’elle se la pète ! » Son teint a légèrement rougi.

Christophe modère un peu ses propos avec une voix douce :

« Oui, mais, bon, elle se fait plaisir. Elle bosse vachement je crois et elle vit avec quelqu’un ; donc, voilà…Il a les yeux dans le vague.

-Ouais, mais arrête ! Arrête de la défendre : elle bouffe à tous les râteliers. Elle fait des heures en plus partout.

-Oui, tente Véronique, mais elle doit être appréciée si elle est autant demandée.

-Ouais, claque Caroline en crachant dans sa main gauche un noyau d’olive et en fixant ses petits pieds aux ongles peints en rouge sombre posés sur la cuisse de son mari qui est à l’étroit entre elle et l’accoudoir. Sans y penser, elle écarte plusieurs fois ses orteils. Puis, elle cogne la cuisse de son mari avec le pouce en lui désignant le cendrier pour qu’il comprenne qu’il doit le lui passer afin qu’elle se débarrasse de son noyau. Il s’exécute promptement.

« Et les enfants ? demande-t-il

Christophe se lève et commence à mettre dans la poêle les morceaux de poulet bio qu’il a découpés dans l’après-midi. Il ouvre le réfrigérateur, prend du beurre et repousse la porte. La nouvelle grille d’emploi du temps de sa femme tombe par terre. Il la ramasse et la fixe soigneusement avec deux magnets. Il entend la voix de Véronique : « Bah, Anaïs est chez son copain et Thomas chez sa copine à Marseille. Et tout va bien d’après les dernières nouvelles ! Et vous ? Des news de Romain ? » Bernard répond qu’il est parti avec des amis de sa boîte et qu’il n’appelle pas donc que tout va sans doute très bien. Véronique avait déjà préparé les quatre assiettes-calottes pour le poulet aux agrumes. Christophe commence par disposer en premier la salade qu’il a minutieusement lavée et essorée.

« Il est vachement beau, votre œuf de Longwy ! dit Caroline. C’est nouveau, non ?

-Oui, effectivement, répond Véronique. On l’a acheté hier avec Christophe. Ca nous a plu. Elle sourit.

-Mais t’as pas peur que ça casse ? Surtout, là, dans l’entrée !

-Non, non. De toute manière, je l’ai collé. Enfin, j’ai mis de la Patafix, tu vois ?

-A table ! dit alors Christophe. Prenez vos verres avec vous, rajoute-t-il en déposant les assiettes-calottes. »

 

Caroline se lève et ne remet pas ses chaussures. Elle tire un peu sur sa jupe en jean et remet en place son petit haut rayé en soie. Elle prend une boîte dans son sac à mains, près du canapé. Elle arrive la première sur la terrasse où la table est dressée sous l’auvent bleu. Les assiettes blanches sont disposées sur une nappe à petits pois blancs sur fond jaune.

-Ouhh, c’est beau ! C’est nouveau aussi, ça ? demande-t-elle en touchant le tissu du bout des doigts pour en évaluer la qualité.

-Oh, ça sent bon Christophe ! lance Bernard sur un ton enjoué. Je sens qu’on va se régaler !

-Oui, glisse Véronique à Caroline en aparté. On l’a achetée hier aussi.

-Bah dis donc, vous faites vos petites courses, comme ça, comme des amoureux de vingt ans. C’est bien ! s’exclame-t-elle en relevant la tête d’un coup.

-Alors, on boit quoi avec tout ça ? demande Christophe à la cantonade. Les filles, c’est mieux du rouge, je pense, non ? Ou du rosé ? Enfin, moi, ça me donne la migraine, le rosé.

-Ouvre ce que tu préfères, va, répond Bernard.

-Alors, du rouge : ça me fait moins mal ! »

Chacun s’installe et Caroline place le cadeau à côté de l’assiette de Véronique. C’est le rituel du cadeau surprise du couple invité au couple invitant lors du repas du vendredi soir. Véronique l’évalue du regard. Qu’est-ce que cela peut bien être ? Elle le soupèse. « Je ne vois pas ce que tu nous as dégoté là… » dit-elle à Caroline. Elle finit par l’ouvrir après avoir délicatement enlevé le bolduc. Il s’agit d’un distributeur de savon liquide en porcelaine fine avec une recharge de savon. Véronique dit immédiatement : « Oh, c’est très joli ! Merci. C’est vraiment très joli. » Elle se lève pour embrasser Caroline et Bernard, qui s’empresse de dire : « Oh, moi, je n’y suis pour rien ! » Caroline explique : « Tu comprends, j’ai remarqué que vous n’en aviez pas à la salle de bains et c’est quand même nettement mieux que les savonnettes. Moi, j’ai horreur de ça les savonnettes. Ca fait toujours dégueulasse, vous trouvez pas ? Et puis, attends, là, tu n’as pas encore senti la recharge, mais c’est un pur dé-lice. Pêche de vigne. A tomber ! » Véronique ouvre le tube et hume le parfum. « Oh, oui, c’est délicieux ! » Caroline le saisit à son tour et le respire aussi, les yeux fermés.

Le repas se passe entre pignons, petits morceaux de poulet, de pamplemousse, d’orange et verres de vin. Véronique, avec l’alcool, mange plus de pain que ce qu’elle s’autorise d’habitude. Elle se sent bien. Elle aime le vent encore chaud qui lui caresse les bras. Elle regarde son mari qui boit du rouge et ne la regarde pas. Dans une fulgurance douloureuse, elle repense à son départ pour une autre, il y a quelques années. Elle se revoit jeter ses affaires dans des sacs poubelles et les balancer dans le garage. Mais elle les revoit surtout, hier, bras dessus, bras dessous en train de faire leurs achats pour la maison et pour ce soir : l’œuf, la nappe, le poulet… Elle soupire de soulagement et d’aise. D’une voix tendre elle dit : « Tu me ressers un verre, mon chéri ? »

« Moi aussi, s’il te plaît ! dit Caroline. » Elle avance son bras et se penche suffisamment pour laisser découvrir un sein. Elle regarde Christophe au fond des yeux comme pour le rappeler à un ordre. Il la sert et verse ensuite du vin à sa femme. Caroline porte le verre à ses lèvres et lève un de ses petits pieds nus. Elle remonte lentement la jambe de Christophe et caresse son sexe qu’elle veut sentir durcir. Il se lève aussitôt pour débarrasser. Caroline l’aide et rapporte les coupelles à glace que lui désigne Véronique à travers la porte-fenêtre vitrée

« Oh, c’est gentil de faire le service, Caro. !

-Oh, je t’en prie. Reste assise. »

Christophe rapporte les différents parfums de sorbets, sert chacun et range tout dans le congélateur. La conversation piétine sous l’effet de l’alcool et malgré la glace. Bernard dit : « Y a pas dire : on n’a plus vingt ans ! Avec la chaleur et l’alcool, moi, j’irai aussi bien me coucher. 

-Un vrai bonnet de nuit, mon loulou, lui lance sa femme d’un rire sonore. T’as qu’à courir un peu, comme moi ! Ca maintient !

-Oh, tu sais, Caro., moi je le comprends, reprend Véronique. Je sens la différence maintenant. C’est un peu stupide à dire, mais je sens que je n’ai plus la même résistance. On vieillit, voilà. Regarde, Christophe, il a beau faire très attention, il a de plus en plus mal au dos. Et ça fait longtemps que ça dure.

-Mais, je vais trouver une solution ! J’y crois, j’y crois, dit-il en hochant la tête avec ce même sourire d’adolescent. »

La lune est en croissant. Il va remplacer une bougie à la citronnelle qui s’est consumée. Du coup, Bernard se lève et propose de débarrasser la table. « Non, non, laisse Bernard. On fera ça demain. Il n’y a rien qui presse, dit Véronique ». Les couples s’embrassent et se souhaitent une belle nuit. Les hôtes raccompagnent leurs invités. Véronique bâille. Caroline reparaît : elle a laissé ses chaussures au salon. Elles s’embrassent à nouveau.

« On monte, mon chéri ? 

-Vas-y, vas-y, prépare-toi. J’éteins les bougies et je vais chercher le ventilo. 

-Ah oui ! Bonne idée. »

Elle l’enlace et cherche ses lèvres. Il la repousse doucement et lui redit de monter ; il arrive.

Il s’occupe des bougies et débarrasse les coupes et les verres qu’il met dans le lave-vaisselle après avoir tout passé sous l’eau froide pour que ça ne colle pas. Il regarde furtivement le frigo. Il va replier l’auvent au cas où l’orage arrive dans la nuit. Il descend au garage.

Elle est là avec ses jambes bronzées et musclées. Elle a ôté sa petite jupe. Elle n’a plus que son haut en soie et son sexe qui l’attend. Il la prend violemment contre la portière en lui plaquant la main sur la bouche.

Pendant qu’il remonte son bermuda, elle lui dit dans un murmure : « Demain ? 16 heures ? 

-Oui. J’ai vérifié.

-Installe la colonne, on sera mieux. »

 

 

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