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FRAISE ET CERISE

Blog de brèves nouvelles plutôt humoristiques fraîchement écrites par deux auteurs : Fraise et Cerise.

Violences

Publié le 16 Février 2010 par Fraise in nouvelles

cp-livresSept ans d’une liaison discontinue et dure, mêlée d’excitation, de sexe et d’incompréhension comme un incontournable butoir. Sept ans. Il sonne. Il franchit le seuil. Il est nerveux, contrarié : une histoire de rachat, des juges consulaires trop hautains peut-être qui ont réveillé son histoire de fils d’immigrés à qui les parents n’ont pas laissé faire « les études ».

« Qu’est-ce qu’ils voulaient ? Me faire bégayer ? Ils se prennent pour qui ? »

Il la plaque contre lui.

Elle s’éloigne.

« Arrête, arrête ! » : il ne veut pas qu’elle parle. Là, il veut son corps, qu’il lui réclame depuis des semaines.

Elle n’aime pas ce qui se passe.

Il lui prend la main et la pose sur son sexe dur.

Il est là depuis quelques minutes et il bande.  Elle aime ça. Mais elle ne veut pas de sa violence présente.

Elle s’éloigne encore, lui parle.

Il est excédé : « Mais tu peux pas cesser de tout intellectualiser ! De toute façon, t’es une fille comme les autres, désirable comme les autres ! »

Elle ne l’a jamais entendu ainsi.

Tuer. Tout à l’heure, les juges lui ont fait mal. Il faut qu’il l’abîme, elle, qu’elle aussi elle appartient à ceux qui savent, qui ont la connaissance.

En elle, c’est l’effroi et la révolte. Et le désir. Son sexe à lui, elle le voit ; son sexe, à elle, elle le sent, tendu, noyé, appelant.

Elle l’attire vers le lit. Ils font l’amour. Mal. Ni le rythme ni les gestes ne lui conviennent à elle. Elle lui dit. Il n’écoute pas. Il est dans sa violence. Elle a coupé son corps : la tête analyse, le sexe s’active mécaniquement.

« Waouh ! C’est bon la frustration plutôt que toutes ces fois qui se ressemblent, qu’on ne peut même plus distinguer. »

Il rit. Il se rhabille. Il lui dit qu’il va lui montrer un truc drôle : il saute impeccablement dans son boxer. Elle rit d’un éclat qu’elle ne se connaît pas. Métallique. « C’est dingue ! il faut toujours que tu te moques de moi ! ».

Non.

Elle a rabattu la couette sur elle. Il s’est assis sur le lit. Il regarde les livres un peu partout par terre en remettant ses chaussettes. « Tu pourrais pas avoir une chambre comme tout le monde ? » « C’est quoi, une chambre comme tout le monde ? » Il répond, amusé : « Des posters de Johnny aux murs. Gala, Paris-Match au sol.»

Il l’embrasse. Il part.

Elle reste figée quelques secondes, va à la salle de bains et le suit par la fenêtre. Petit rond noir qui court à sa voiture le portable à la main. Le froid du carrelage lui entaille les pieds.

Elle se douche et se recouche. Elle mange, regarde la télévision. Absente. Hors d’elle.


Des textos et quatorze appels téléphoniques en trois semaines. Elle voit son numéro s’afficher, elle le fixe jusqu’à ce qu’il disparaisse. Elle reprend son activité. Quelquefois, il laisse un message. Amusé, au début. Inquiet. Triste. « Bon (Un temps) je crois que tu ne veux plus me parler. Tu m’as définitivement passé en messagerie. (Un temps long) Tant pis. (Un soupir) Je te souhaite une bonne soirée. » Le ton n’est pas affecté. Il est éteint.

Elle écoute.

Elle écoute encore.

Elle ne peut plus donner suite.

Ecoeurée de leurs violences.

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