Ce matin, j’ai acheté un DVD intitulé « Nettoyage à sec ». Curieusement, aucun nom de réalisateur ni de comédien n’est mentionné sur la pochette. Je pensais assister aux aventures d’un
tueur à gages, mais il n’en est rien : il s’agit d’une création d’avant-garde, jouant sur la provocation : une douce voix d’hôtesse de l’air annonce « Le nettoyage commence ».
Vous ne voyez rien, le noir. Il se passe quelques secondes et la voix reprend : « Le nettoyage est terminé ». C’est original, mais pour un DVD à 8 euros et des poussières, c’est un
peu frustrant…
Le disque propose deux productions plus longues sous le titre de « Tests images et sons ».
La première, en images de synthèse, vous transforme en un œil cosmique qui contemple successivement, à la vitesse de l’éclair et au son d’une flûte andine, Saturne, Mars, la Terre. Vous n’avez pas le temps d’admirer notre planète bleue, vous plongez dans un océan où des bulles parfaitement sphériques s’élèvent à la queue leu-leu. Votre voyage vous emmène ensuite aux abords d’un lagon orné de colonnes, colonnes que vous scrutez sous toutes les faces, en long, en large, en travers, avant de prendre un peu de recul et de vous aviser que des silhouettes humaines vêtues de pagnes se dressent majestueusement à l’horizon. L’ensemble est beaucoup moins original que « Nettoyage à sec », avec une esthétique très convenue. On peut apprécier néanmoins les références implicites à Baudelaire.
La seconde production, tout aussi conventionnelle dans son esthétique, joue sur de nombreuses ellipses. Elle nécessite un effort d’interprétation. La séquence initiale campe le décor : un lagon, un ponton de bois lavé, orné de sphères lumineuses. Apparaît une vahiné qui s’avance langoureusement sur les lattes mouillées, se penche au dessus d’une sphère, s’y accoude avec un sourire mélancolique, d’abord d’un coude, puis des deux, relève la tête, tourne lentement son visage vers l’horizon marin. Elle semble attendre quelque chose. Puis elle fait encore quelques pas en ondulant des hanches, s’accroupit au bord du ponton, incline le buste et scrute le fond des eaux. Qu’y cherche-t-elle ? La caméra opère alors un panoramique et nous assistons à l’approche d’un hors-bord. On en distingue mal les passagers. Amis ? Ennemis ?
La séquence suivante commence par un coup de théâtre : en gros plan sont présentés deux seins, aréoles cachées sous des tranches de goyave. On s’attend à une suite érotique, mais un travelling arrière nous détrompe : il ne s’agissait pas des seins de la vahiné, mais de ceux d’une poupée en bois grossièrement façonnée, que la jeune fille agite devant la caméra en s’esclaffant. Elle montre du doigt le jouet, puis se montre elle-même, voulant sans doute manifester par là que l’objet lui appartient. Dès lors, nous comprenons mieux le personnage : cette jeune beauté a visiblement souffert de traumatismes qui ont entravé son évolution intellectuelle et affective. On comprend également que la mélancolie de la malheureuse était due à la perte de sa poupée, poupée qu’elle cherchait vainement dans les eaux claires du lagon ; les visiteurs lui en ont apporté une nouvelle, rapidement confectionnée dans une île voisine. La fin se veut dramatique : deux nageurs affublés de masques de plongée longent le littoral en battant frénétiquement des pieds, sans doute à la recherche de la deuxième poupée. Vont-ils la retrouver ? On devine qu’on nous propose ici une historiette cyclique, mais quel en est véritablement l’intérêt ? Où est la hardiesse du premier court métrage ?
Bref, un DVD globalement décevant, dont la pochette demanderait à être complétée.
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